ANASTROPHE CATASTROPHE ( à venir dans le festival Prodrome)

ANASTROPHE CATASTROPHE

ce qui contamine ma langue mater

nelle par une armée de pré

positions venues de l’ex

térieur un assaut en règle straté

gicle une affaire très physique tout ça et puis non: cli

nique une histoire de scalpel un appel à la dé

coupe

un rapport devenu canin à la vie une envie subite de mordre vite

(extrait  de la  glôôsse  hybridation de langues française et grecques  aux prises avec la glose économique pour faire surgir une autre parole,  archaïque et contemporaine.)

Journal des Baumettes (extrait de la revue Esprit de Babel N°6)

 

Jour 1

Mal dormi. La mine des gens dans le bus comme des enfants défaits. A l’arrivée, le drapeau français punitif et les péchés capitaux sculptés par Gaston Castel. La prison extérieure est là : les valeurs morales.

12 portes sinon rien

digiphone porte carte badge porte

porte sas dadenas détecteur porte

porte badge porte

porte sas porte

bâtiment A porte sas porte

bâtiment B porte sas porte

porte clé porte ouverte porte ouverte porte fermée et

une salle

Quartier des condamnés à mort. Le dernier fut Ranucci.

Autour les bruits de porte les cris surveillant, au secours, parloir !

Ça se répétera chaque semaine.

Un mémoire du Robinson des prisons m’apprend comment faire un briquet électronique avec un coton tige, comment soigner le mal de gorge avec une gousse d’ail, la constipation avec de l’huile d’olive.

Je suis présenté comme un détenu: la tension palpable, les preuves à fournir de virilité (le bonjour comme enjeu et défi); autour: celui qui parle beaucoup, celui qui a les sourire en coin, celui qui se révolte (j’ai l’impression que vous prenez les autres pour des inférieurs car pas de revue corse), celui qui le soutient tout en paraissant obéir à la directrice (double jeu).

Ce qui sidère, c’est cet effet, cet état défait des corps; derrière les visages, la question de la violence et du passage à l’acte.

Au cabinet des curiosités, je découvre les vieilles portes de Toulon, un faux flingue en métal, un lance-pierre avec lanière élastique, un appareil de tatouage, une pipe, une matraque.

Dehors le camion attend avec dedans, les cages à lapin

J’apprends la langue interne du pouvoir : je suis dans la base de données Antigone.

 

Jour 2

Ici il semble interdit d’aimer. Les bruits sourds sont partout, l’écoute, nulle part.

 

Jour 3

Face à des barreaux noirs en bas, blancs en haut, je lis

les INDIGENTS sont autorisés à laver leur linge

arrêtez de jeter des détritus par les fenêtres, risque, avec les animaux, de maladies graves parfois mortelles, leptospirose ou maladie de Lyme

Attendre que CA CAIRE

 

Te voici vidé nu au trou

Te voici rempli de promesses de doutes et d’ivresse

Te voici insomniaque à imaginer des horizons plus larges qu’un crâne

Te voici hagard hors de toi quand bien même ce hangar de soi existerait

Tu es à poil anus ouvert tirant la langue

Tu danses les quatre pattes en l’air

 

Jour 4

Eh bien me voilà en prison, la gorge prise, le nez en nénuphar, avec quoi à transmettre.

Eh bien me voilà, défait, affaibli par ce qui me reste d’espoir.

  • Vous comprenez la fissure elle est là comme ça elle s’est élargie avec la pluie et les années et l’assurance ils s’en fichent je sors en courant je cours toujours je m’arrête pas mais cette fissure ça me fend vous comprenez la fissure arrête pas de s’agrandir je l’ai plâtrée bouchée tout à l’heure avec tout ce que j’avais mais rien à faire l’angoisse continue même après la nuit et qui plus est parmi nous

 

Jour 5

Je me souviens de R., un barbu tout rouge, il serre toujours les menottes un peu plus que nécessaire.

Je me souviens d’O., il reniflait sans cesse, il ne renâclait jamais à donner un coup de paluche.

Je me souviens d’H. il était musclé et écartait les gens du regard.

Je me souviens d’A., il n’avait plus de dents, perdues à coup d’un coup de bélier de la police.

 

extérieurement néo-colonial intérieurement il machine

extérieurement il n’en peut plus intérieurement c’est tendu

extérieurement intérieurement

c’est ainsi extérieurement que ça se passe

intérieurement c’est sous-jacent

extérieurement il n’aime pas intérieurement il admet

extérieurement c’est ceci intérieurement il n’implique plus cela

ici là c’est pas cela parce qu’ici puisque là

non plus jamais ici

Encore une fois défait.

 

Jour 6

Inutile de se cacher la vérité. Je suis défait. Je ne cherche plus qu’à téter, suçoter, temporiser. L’insupportable est à chaque pas. Surtout ce qui pourrait améliorer les choses.

Enfin sorti, de l’air, vite!

 

Jour 7

Lorsque j’arrive je n’ai déjà plus de poumon, ma respiration est laborieuse, les « au secours » alentour se sont multipliés, les remords de la nuit m’a épuisé, le pressentiment d’une catastrophe imminente m’avait lessivé.

 

Jour 8

Remplir des cases : je ne sais plus pleurer.

Comme dit Vaujour : Prison: endroit d’où il faut s’évader

 

Jour 9

L’effroi et la tension, la peur au ventre, le bruit de chute des ciseaux au sol, la parole pour meubler radicalement, radicellement.

 

Jour 10

Les circonstancielles m’apparaissent en conditionnelle et les circonstances atténuantes comme des fables ténues. Alors l’émotion se transforme en expérience. Sur le mur, on annonce une course camarguaise à la maison d’arrêt.

 

Jour 11

Je / lève / un / pied / pas / suspendu / cigogne / sinon / balle / kalachnikoff / de face / ou de dos / selon police / ou gendarme

C’est parce que tu rencontres une chaussure éventrée que tu penses au Père Noël, au zéro défaut / au 4 fois sans frais.

Ab. me raconte comment il s’est fait tabassé volontairement par solidarité avec son frère.

 

Jour 12

8H Souvenir d’un rêve. Une araignée morte.

10H Tu entends ce que je dis ?

12H Baumettes : Walà!

14H Digestion difficile – trop de choix

16H Hypnotisé – plus rien ne se passe

18H Vissé

20H Un verre vide

22H Un étirement pour survivre

 

Jour 13

Un gardien : « c’est grâce à la bonne mère que je suis là ».

Autour une foule déserte, une forêt métallique, une inertie mouvementée

un cri silencieux, un ego humble.

 

Jour 14

Des visages marqués, un état d’accusation, défait. Une lecture hirsute. Une fièvre qui monte.

Jour 15

Des espaces à n dimensions

5eme étage – quartier disciplinaire – cercle- portes beiges

4ème étage – quartier d’isolement – portes jaunes

1er étage – travailleurs – portes bleues

Emmaus- photo de l’abbé Pierre – carte bleue obligatoire

QD, QI, salle de sports muscu et l’infirmerie qui goutte

Une prison des femmes avec la cyberbase sans internet, l’espace de rencontres pardoxale parents-enfants, la nurserie qui garde.

 

 

 

Textes issus des ateliers

 

Espaces

 

portes

il y a des portes qui sont des portes qu’on porte

quand le malheur s’enchaîne les portes se déchaînent

 

quand je franchis une porte j’oublie ce qui se passe derrière

moi je regarde en face et je tourne ma tête de gauche à droite

 

je change de territoire sans savoir ce que je vais y découvrir

 

les mots ouvrent des portes les mots ferment une porte

il y a toujours une porte derrière la porte

 

escaliers

vivre dans l’escalier ça me rappelle quand on sortait tous de la maison pour se griller une cigarette

 

la vie est un escalier qui monte et qui descend, le plus dur est de garder l’équilibre pour ne pas tomber et surtout d’empêcher les autres qui convoitent ce haut de l’escalier de te faire glisser

 

l’escalier est un tas de questions une ascension psychologique vers le point d’interrogation inversé

 

murs

on écrasait nos cigarettes sur le mur d’en face

 

les murs les plus hauts sont ceux qui sont bâtis sans fondement et que nous avons dans notre tête, dans notre cœur, dans notre âme, dans notre inconscient, ils ne sont pas bâtis avec du mortier mais avec LA LANGUE et ce sont les plus durs à détruire à abattre à fissurer à conquérir à gravir – ils sont hauts, plus hauts que Babel ou Jéricho.

 

Écrire des mots choquants sur les murs pour prouver aux autres et à nous mêmes que nous existons

 

les murs de l’ego

 

phrases entendues

 

quand on assume ça s’efface

 

pas de bruit! Ça annonce rien de bon

 

allez on passe à table

 

il s’agit de

jouer à deux touches /collectif / entrer en contact/ tenter les occasions

 

la prison ça t’ouvre les yeux

 

longue est la naissance d’un homme / je suis né il n’y a pas longtemps

 

 

TEMPS – Nychtémère

 

6H45 j’entends les clés, envie terrible de pisser /rêves de mer turquoise et de sable blanc /les barreaux me reprennent brutalement/ la liberté n’a pas de prix/ je me passe de l’eau sur le visage

7H les convocations du jour pleuvent dans la boîte à lettres / les mots ouvrent les portes, ferment les portes, les convocations aussi

7H10 les mots réouvrent la porte de la cellule, mais il y a d’autres mots derrière la porte/ direction les cantines du sous-sol – à chaque jour un bon: lundi arrivage des marchandises, mardi bon rose, mercredi bon bleu, jeudi bon vert, vendredi bon jaune et à chaque fois : la générale + dispatching

7H30 petit-déjeuner frugal / deux cafés une tartine

8H promenade pieds glacés -je bats le sol des pieds pour voir si j’en ai toujours/ liberté des sens

10H00 le temps n’en finit plus

10H30 des couloirs froids, venteux, inhospitaliers – la prison t’ouvre les yeux

11H la solitude est l’ennemie de la liberté / heureusement ici je ne serai jamais seul

11H30 remontée en cellule/ ménage/ préparation du repas / allez on passe à table

13H encore l’appel et si possible une douche

13H30 activités de promenade – alors l’avocat qu’est-ce qu’il a dit ?/multimédia

16H réintégration des cellules, goûter face au regard de l’enfant

17H il pleut des gamelles

17H30 préparation du souper

18H15 pompes -histoire de dire que

19H allez on passe à table

19H15 informations régionales – fin du duo Woerth-Bettencourt

20H30 télé/ incontournable film/ courrier

22H ça fait peur / je suis né il n’y a pas longtemps / longue est la naissance d’un homme

22H30 coucher/ l’inégalité est au début, le hasard à la fin / finalement tout est la faute du hasard ce grand maladroit

les aiguilles du temps ont quartier libre

 

avec la participation de

Sylvain Peureux, régleur de peur

André Laumonier, angoissologue

Fréderic Vertonna de Voltaire, ajusteur d’âme

et autres complices d’écriture

 

Dédale et nous

labyrinthes et issues de secours

affrictions

une expérience aux Baumettes

La figure de Dédale

Personnage de la mythologie grecque, Dédale est surtout connu pour avoir conçu le labyrinthe de Crète qui y retint le Minautore. Ancêtre d’Eupalamos (en grec « main habile ») et de Palamaon (en grec « manuel »), il crée la statuaire, invente la hachette, le fil à plomb, la vrille, la colle. Comme souvent dans la mythologie, le meurtre constitue l’élément fondateur du mythe. Et c’est avec son neveu et rival Talos, qui imagina le tour, le compas, la scie, que l’histoire de Dédale commence. Secoué par une profonde jalousie, Dédale jette celui-ci du haut de l’Acropole (temple dédié à Athéna). Découvert en essayant de faire disparaître le corps, Dédale est banni par l’Aréopage (Tribunal de l’Athènes antique) et se réfugie en Crète auprès de son roi Minos (fils de Zeus). Là-bas, il y fabrique des statues, une place de danse pour Ariane, et sculpte une vache de bois plaqué cuir qui permet à la reine Pasiphaé dissimulée à l’intérieur de s’unir au taureau, et dont elle enfantera le Minotaure, mi-homme, mi-taureau, pour lequel Dédale construira le Labyrinthe. Tous les neufs ans, en expiation du meurtre d’Androgée, fils de Minos, par Égée, roi d’Athènes, sept filles et sept garçons sont envoyés en sacrifice au Minautore. Thésée, lui-même fils d’Egée, est tiré au sort parmi les jeunes destinés au sacrifice. Mais Dédale fournit à Ariane le fil qui permet à Thésée de sortir du labyrinthe. Minos l’apprend et y enferme Dédale et son fils Icare. Afin de s’échapper, l’ingénieux architecte fabrique des ailes avec des plumes, du lin et de la cire. Ils s’envolent. Malheureusement Icare s’approche trop près du soleil. La cire fondant projeta Icare dans la mer où il se noya. Dédale arrive ainsi seul à Cumes près de Naples puis se cache en Sicile où il se met au service du roi Cocalos. Là il construira un barrage, une citadelle pour le trésor, le soubassement d’un temple d’Aphrodite sur un rocher à pic du mont Eryx, un établissement thermal. Minos toujours désireux de se venger propose une récompense à qui saurait faire passer un fil à travers une coquille d’escargot dans l’espoir de débusquer Dédale. Celui-ci réussit à résoudre ce problème grâce à une fourmi et du miel à l’extrémité mais révèle par la même occasion sa cachette. Minos réclame alors à Cocalos la tête de Dédale. Mais les filles du roi, à qui il avait construit des jouets des poupées munies de jambes amovibles, l’aident à ébouillanter Minos dans son bain grâce à un tuyau sortant du plafond. Dédale poursuit par la suite ses aventures en Sardaigne , et construit de nouveaux édifices qui portèrent son nom, les Dédalies…

 

 

 

L’enfermement est extérieur (la prison, l’hôpital, les murs…) et intérieur comme le dit Michel Vaujour dans Ne me libérez pas je m’en charge : comment s’imbriquent les obsessions de la prison et de l’évasion, la prison intérieure et extérieure. . Qui prendra le dessus ?

 

Contexte

 

Dédale et nous

L’atelier « labyrinthes et issues de secours » est placé sous la figure tutélaire de Dédale qui porte toute l’ambiguïté de la construction d’un labyrinthe et de son évasion. Il questionne les dualités intrinsèques que nous portons.

Injonctions paradoxales de la figure de Dédale comme figure tutélaire de cet atelier :

  • montrer/cacher : Dédale montre (les statues des dieux qui créent une équivalence entre regarder et être regardé) et cache (la vache de bois, le labyrinthe, la citadelle). Et dans nos textes qu’est-ce qui est caché ? Qu’est-ce qui est montré ? Quel est le rôle du secret ?
  • créer/tuer : Dédale crée (les statues ont l’air vivante, il permet la naissance du Minotaure) et tue (son disciple Talos, son fils Icare par imprudence, il est complice du meurtre du Minotaure, de Minos. Comment cette tension entre créer (mettre au jour) et tuer (faire disparaître) travaille-t-elle nos textes ?
  • forme/ illusion : Dédale crée des formes illusoires : Héraclès, face à sa statue, la frappe en croyant qu’elle est vivante ; Pandora, parée de bijoux dédaléens, apporte le malheur ; la vache de bois fonctionne comme appât pour le taureau qui se fait piéger (et plus tard, le cheval de Troie apporte le massacre). Quelles formes, quels appâts inventer pour attirer, égarer le lecteur ? Le labyrinthe comme piège
  • rectitude/ sinuosité : Dédale mène droit son rabot, prescrit à Icare la route droite (la navigation aérienne), invente le fil à plomb rigide. Et c’est lui qui travaille les courbes : le labyrinthe, le peloton d’Ariane (la solution est un redoublement du problème) ; à Délos il enseigne à Thésée une danse dont les figures imitent les tours du labyrinthe ; l’épisode du fil en spirale dans l’escargot. Comment allons nous travailler la tension entre une écriture linéaire et une écriture sinueuse.
  • maîtrise/excès : Dédale est celui qui maîtrise (les thermes de Sélinonte, le vol entre la chaleur du soleil et l’humidité de la mer) et celui qui est capable des grands excès : jalousie ; ébouillantage. Et dans nos textes : s’appuyer sur une maîtrise des consignes pour s’autoriser de grands excès ?

PIRE QUE PREVU

Vous ne pouvez pas comprendre. Vous me croyez de l’autre côté ? Vous pensez vraiment que j’habite l’envers du décor ?

Oui je suis de l’autre côté. Vous n’avez pas compris. De l’autre côté. Pas l’envers. L’autre.

Que vous vous méfiez de l’envers du décor, soit. Tout tailleur qui se respecte ferait pareil. Et vous avez scruté, inspecté. Et du côté de l’envers il n’y a rien . Riemen rein nothing nada tipota.

Pas un pli, pas une bordure, pas un ourlet, pas une frange, pas une ride, rien.

Vous croyez vraiment que je trafique pour échapper aux taxtes et que c’est pour cela que la météo a changé et que le fléau nous est tombé sur la tête ?

Vous croyez vraiment que les prix augmentent parce que je stocke de l’or dans ma cahute ?

Vous pensez sérieusement que je pousse les paysans malgré eux aux larcin et à la fraude générale ?

Je ne suis pas l’envers du décor.

Je suis juste de l’autre côté, après l’orée, après la marge, dans la lande.

 

 

PIRE QUE PREVU

 

On m’amène un bûcher en flamme. Ça sent, ça crépite. On me présente un rat, un sceau, une corde. On me demande si je préfère l’intelligence du rat ou la sagesse de la corde. J’ai pris la corde. Gagner du temps. Encore que. Je ne sais pas combien. Les officiants s’affairent, se regroupent, vont chercher trois hommes masqués qui se consultent longtemps sur l’estrade. Le plus grand scrute le rat qui semble avoir sa faveur. Il le réclame, je peux l’entendre. Le plus petit regarde la foule qui réclame aussi. Il saisit la corde et la donne aux autres. On récite une première prière. Demain tout ira mieux. Avec un peu de chance, vous mourrez sauvé.

On me présente la facture des méfaits. Quand tu auras le visage tout rouge tu seras bientôt sauvé

Espoir de tuméfaction.

On me parle promesse, engagement, mensonge, charte, solution, dette, unique solution unique, défaut régulier, surprise, pire que prévu, pire que prévu, pire que prévu

Un homme en noir s’avance et déclare acheter ma peine. On s’affaire. Il paiera plus tard si je lui donne satisfaction. On court, on discute, on signe.

Le sang monte à la tête. Je vais bientôt exploser. Il me dit qu’il va rééchelonner ma douleur, il me prend en laisse avec la corde, il resserre légèrement – le salut attendra.

 

 

annonciatio in vitro

ANNONCIATIO IN VITRO

ELLEpenchée en avant, main au sol, ramasse des graines LUImains nouées, gorge en boule, liane de ses jambes aux genoux d’abord, aux chevilles ensuite
Salut de l’innommé ou du nom oublié maintenant-maintenant (le doigt vers le ciel) 

Placez la graine dans le coffre

Nettoyez vous les mains

Patientez jusque votre tour

Vous entrez maintenant dans une zone non sécurisée

 

Etirez la colonne. Visionnez. Tenez. Vous voyez le phare, le cri. La brume est épaisse, à fendre au couteau. La croissance a failli. Les résultats sont pire que prévu. Ne vous retournez pas, jamais. Vous en prenez au moins pour 10 ans. Demain il sera à chaque heure midi.

(marche, marche sans fin, immobile ou couvre ou couve)

Un-deux, un-deux, plus tard, plus tardE4-J7

 

Pourquoi pas allumer un feu pour contrer ce qui m’obsède ?

Revoir un diaporama.

Régler le rétroviseur.

Relire Balzac et mourir.

Revenir au cimetière.

S’acquitter de la facture.

Relier les dossiers

et garder un reste

pour la route au cas où

Tant de brouillard en journée

ça clignote partout, mal au dos, la nuit est partie

(la colonne comme un arc électrique)

 

 

Rayon éclair sur place nette// crépitement de bois brûlé

ça n’est pas comme un fracas mais ça clignote aussi, une intuition

de dos de face chaque jour là ne peut échapper

ça s’est passé il y a 27 jours, ça en durera 21, renouvelables un temps pour mûrir, un temps pour cueillir

 

Sur la route serpentante d’Athènes, longeant la côte découpée, oui plus que découpée concassée, émiettée, au km 21, près de la station service FINA près du STOP, elle tient la pompe à essence d’une main, se penche en avant, et touche le sol de l’autre main.

Lui, il compte les billets et raconte des histoires.

Bruit des voitures devant et du klaxon au virage.

début du trognon

ce qui advient

après l’étouffement fou le grattage de la gorge

dénommée détresse ventilatoire

par la police des frontières

pas un programme décidé en lieu officiel

dédié aux mises en œuvre professionnelles et financières

non pas une destinée écrite par des astres arquant leurs croissants pourquoi pas un mektoub sur la gueule pour former des futurs

non pas un thème astro lu sur un comptoir strident

promettant une décisive rencontre et des responsabilités professionnelles

pas un plan quinquennal voté aux 3/5èmes moins une hasardeuse abstention

non pas un putain de bilan de compétences

favorable à une acceptation de l’avenir frileux

pas une conjoncture économique capricieuse

qui ne cessera de perturber les tentatives de coordination des conjonctions

encore moins une sortie de crise critiquée par des experts saluant leurs pairs et critiquant leurs enfants

mais, plus souterraine, plus large, l’encerclant à droite, à gauche, précise, décidée, opiniâtre, derrière les nuages bas

la puissante et globale poussée de rage

l’imperceptible et lent déploiement au plein jour des pustules, des rancoeurs, des chuintements, des boursouflures sortant, s’ouvrant, se déployant, pulsant, hésitant, invincibles et délicats

 

LA CONDITION

NOTRE INHUMAINE CONDITION

 

 

 

 

conditionné

air conditionné

fenêtre conditionnée

posée sur un mur

conditionné

le produit est conditionné dans son emballage

le grand déballage médiatique est conditionné au poids

de la censure intérieure

la réflexion interne est conditionnée

dans son étui osseux et orgueilleux

 

quand je dis CONDITION je ne veux pas dire juste le mot à condition qu’on me comprenne

je ne veux pas non plus qu’on me comprenne sous condition

je voudrais dire le mot sans condition de compréhension ni renvoi sans préhension ni envoi

tout en étant conditionné par l’impression d’être incompris

 

Ma pensée est sans condition mais sous condition. Sans mais sous. Pas sous mais sans.

Quand on est sous condition on est conduit par elle. A la baguette, à la carotte. A la braguette et au bâton.

Conduit ne veut pas dire dirigé

ne veut pas dire admirer

ne veut pas dire prosterner

conduit veut dire accompagné

être marché avec

 

Quand CONDITION arrive alors l’action passe

Quand CONDITION déboule alors l’imprévisible cassé

Quand CONDITION digère alors mouvement en sommeil

 

 

une condition est dite larvée lorsqu’elle s’étale sans luxure

qu’elle attend sans s’égarer

 

une condition est dite générale lorsqu’on veut éviter qu’elle arrive

 

le conditionnel n’est pas un mode encore moins un temps

il est la mode perpétuelle et le temps qui insère tous les autres

 

si je ne veux plus vivre dans le passé alors je vais m’efforcer de vivre dans les présent à l’avenir ou plutôt à vivre au présent dans l’avenir

 

la condition n’est pas notre horizon elle est notre bordure`

la condition nous borde comme on borde un lit

pas sans effort mais sous le matelas

pas sans mais sous

 

notre maison conditionnée conditionne notre pensée

nos vêtements conditionnés conditionnent nos corps

ils nous bordent pour bien dormir

l’air conditionné permet d’avoir ni chaud ni froid

permet d’entendre des horreurs sans que ça fasse ni chaud ni froid

 

l’air conditionné est bon pour le ni-ni

 

le nini remercie l’air conditionné de le border tous les jours

ça rassure

 

rassurant l’air conditionné

son bruit de générateur qui ne s’arrête jamais

sa présence

rassurant ils disent

 

le conditionnement de l’air permet celui du corps

 

une seringue géante d’air dedans

 

/

 

ils n’ont pas voulu dire interdire alors ils ont dit c’est la condition

 

derrière la condition il y a

la condiction

et derrière

la conduction

la condaction

la condictée

l’addiction

l’addictée

 

quand on me dit des paroles j’entends des voix

extrait de la glôôsse (planet xpress le 19 octobre)

la glôôsse voilà ce que je cherche qui m’angloisse qui m’englobe

la glôôsse voilà ce que je trouve et m’languoisse et m’hémoglobe

la glôôsse voilà ce qui ce qui démomifie la matrice

la glôôsse voilà ce qui m’anime l’émoi des mots

la glôôsse voilà ce qui me terrorise la bobine

la glôôsse voilà ce qui m’escarre la rétine

la glôôsse voilà ce qui me meut et m’émeut

la glôôsse voilà ce que je et qui cherche

la glôôsse voilà ce qui active la globine

la glôôsse voilà ce que je et qui

la glôôsse voilà ce que et qui

la glôôsse voilà ce qui

m’engloose

ce qui contamine ma langue mater/

nelle par une armée de pré/

positions venues de l’ex/

térieur un assaut en règle straté

gicle une affaire très physique tout ça et puis non: cli/

nique une histoire de scalpel un appel à la dé/

coupe :

un rapport devenu canin à la vie une envie subite de mordre vite

ça n’a pas de nom ce malaise

étant plus qu’une chose: une substance

le genre n’existe pas (extrait- radio Galère)

LA DORADE EL DORADO

 

IL n’est pas lui

n’est pas une île

IL a-t-il des ailes ou n’en a-t-il pas ?

IL n’est pas une île, c’est un isthme, une presqu’île reliée au continent par une langue de terre – une erreur destinée à errer aux périphéries en se prenant pour le centre.

Il est fait de boue, il bout, il est à bout, un rebout, un rebut : une mâle-glaise, une épaisse mallette de boue portée de part en part

puisque le masculin n’est pas masculin, il est le général.

 

Il se nourrit de signe. La terre se nourrit d’empreintes. Elle se nourrit de rythme. Le ciel se nourrit d’elles.

 

Un chronomètre les anime – une chronophagie généralisée

Un trait. Des unions. Impossibles.

Des directions. Un acte.

 

 

Edith Azam – le mot il est sorti

Azam le mot il est sorti

Un texte qui nous dit les contorsions du ça, la question d’un vocabulaire qui manque, la prise en tenaille de la voix dans la camisole métallique du langage, une carcasse-carapace qui n’est cependant pas carcérale, un tour d’écrou non refermé, mais ouvert sur l’adresse à l’autre, un tu-vous qui se cherche, se creuse, se débat, s’ouvre, une gorge qui se contorsionne. L’évitement du frontal.

Un corps de mots, une reptation de langue… Lisez!

souvenirs d’emplois du temps (atelier d’écriture aux Baumettes)

TEMPS – Nychtémère

 

6H45 j’entends les clés, envie terrible de pisser /rêves de mer turquoise et de sable blanc /les barreaux me reprennent brutalement/ la liberté n’a pas de prix/ je me passe de l’eau sur le visage

7H les convocations du jour pleuvent dans la boîte à lettres / les mots ouvrent les portes, ferment les portes, les convocations aussi

7H10 les mots réouvrent la porte de la cellule, mais il y a d’autres mots derrière la porte/ direction les cantines du sous-sol – à chaque jour un bon: lundi arrivage des marchandises, mardi bon rose, mercredi bon bleu, jeudi bon vert, vendredi bon jaune et à chaque fois : la générale + dispatching

7H30 petit-déjeuner frugal / deux cafés une tartine

8H promenade pieds glacés -je bats le sol des pieds pour voir si j’en ai toujours/ liberté des sens

10H00 le temps n’en finit plus

10H30 des couloirs froids, venteux, inhospitaliers – la prison t’ouvre les yeux

11H la solitude est l’ennemie de la liberté / heureusement ici je ne serai jamais seul

11H30 remontée en cellule/ ménage/ préparation du repas / allez on passe à table

13H encore l’appel et si possible une douche

13H30 activités de promenade – alors l’avocat qu’est-ce qu’il a dit ?/multimédia

16H réintégration des cellules, goûter face au regard de l’enfant

17H il pleut des gamelles

17H30 préparation du souper

18H15 pompes -histoire de dire que

19H allez on passe à table

19H15 informations régionales – fin du duo Woerth-Bettencourt

20H30 télé/ incontournable film/ courrier

22H ça fait peur / je suis né il n’y a pas longtemps / longue est la naissance d’un homme

22H30 coucher/ l’inégalité est au début, le hasard à la fin / finalement tout est la faute du hasard ce grand maladroit

les aiguilles du temps ont quartier libre

faire péter la carte

Il y aura toujours quelqu’un pour sortir un billet

remplir un chèque

faire péter la carte

il y aura toujours quelqu’un pour laisser un pourboire

pour payer un coup

s’acquitter d’une facture

il y aura toujours quelqu’un pour ça

parce que payer, il se dit

parce que l’argent quand même

parce que manque l’argent

et qu’il allait falloir continuer

Deux mains oreilles ouvertes

DEUX MAINS OREILLES OUVERTES

d’un trait sans foi ni loi après les courses

avec puissance obsession et idiotie carrées

les forcer les ceinturer à un quart d’heure à la ronde

les pousser à l’éructation

d’abord les faire ramper

un par un

avec la force de la tétanie

d’une puissance ténue

qui fait glisser

lustrer le sol en lino

décoration parquet chêne brun poncé ciré laqué

travailler les mots

les pincer d’abord

par l’oreille ou le menton

crochet gauche à décocher

ou alors aussi cracher pour hypnotiser

un crachat nauséabond d’après la nuit

quand tout e corps a failli

goûter les voyelles

évider les mots de leurs vocales

même si on sait

qu’elles se taisant

les ordures voies

pas de de cesse

pas de retours

des tours de passe passe sans cessez le feu

incendies durables

coups de couteaux récurrents

 

en faire du rugueux

de la pâte râpeuse

boule en gorge

bille en foie

de l’exquis qui rejoint

de l’enduis de rebouchage

à mélanger

déranger

 

la langue profite à la langue

toujours plus forte par temps calme ou agité

 

là j’ai tenu

désossé

et encore raté

un grand ratage aux ¾

qu’est-ce qui s’est passé ?

 

C’était coincé des prépositions

prépositionnées dans la bouche derrière les dents

devant la ligne

du front même

avant même

l’arrivée

des minuscules mots

désossés ou pas

passeront entre les mailles par échos

souvenirs anticipations flexions

réflexions : tu les fléchis

ils te réfléchissent

 

refaire une stratégie

défense bambou

tactique du baiser de l’ours

prendre trois ongles à la hussarde

juste viser

se limer les ongles

 

deux mains

oreilles ouvertes

 

Progrès

Progrès

Progressez ils disent encore progressez vous arrêtez surtout pas c’est de mieux en mieux encore un petit effort pour devenir républicains et cap au pire du pitalisme sans cape ni épée il suffit juste de changer un peu votre manière de penser et vous verrez bien qu’on progresse que ça s’arrête pas que c’est lancé et vous saurez ce que s’appelle éructer progressez progressez mes petits enfants n’ayez pas peur tout va de mieux en mieux les supermarchés sont de plus en plus sécurisés et l’on n’arrête pas le progrès en marche si ce n’est pour une pause cigarette qui nous déviera de quelques degrés de la route que dis-je l’autoroute du progrès qui draine des milliers d’informations à la seconde que dis-je des millions même des milliards de milliards qu’il nous est impossible de connaître et que nous avons pourtant réussir à créer par nos machines on arrête pas le progrès on achète on vend la prostitution c’est marron on fuit on croit fuir mais le progrès vous rattrape et vous tient la cheville on avance on avance on galope progressez enivrez vous il suffit d’un petit effort pour bien remarquer vous dis-je que les supermarchés sont de plus en plus sécurisés heureusement que vous êtes blancs mais faites comme si vous progressez progressez et les fumeurs fument de moins en moins de fumée sur les écrans de télévision les choses s’améliorent d’heure en heure vous voyez on n’arrête pas le progrès on l’a vu à la télé que les supermarchés sont de plus en plus sécurisés vous n’imaginez même pas les progrès de la technologie à l’heure où je vous dis ça c’est déjà dépassé et encore plus sécurisé par des caméras toutes ratiboisées que tu vois même pas à l’œil nu comme une étiquette minuscule qui te regarde et en plus les fumeurs fument de moins en moins de fumée dans les endroits homologués à cet effet funeste c’est marqué sur les paquets de clope et dans les écrans de télévision ils l’ont répété dans des informations de moins en moins enfumées et de plus en plus sécurisées progressez progressez vous arrêtez surtout pas.

Depuis 1881

Depuis 1881

 

Depuis 1881, on découvre, on s’allie, ça n’arrête pas, toujours plus proche, toujours plus précis. Le sang coule toujours, on trouve toujours des œufs sous les poules, mais depuis 1881 on avance vers l’ère du Progrès. Bismarck a frappé avec sa canne sur le sol. Depuis 1881 au moins, lois sociales et répression sont ensemble main dans la main et poings liés. Triple-alliance, triplice, triplette – les trois étripés. Vaccin, bacille, serin, on recommencera bientôt. Encore un petit effort pour, ce sera bientôt l’heure de. En attendant construisons des temples industriels, avec gerbes d’étincelles et friches en devenir. On creuse, on dresse, on branche. Construisons, perfusons, relions. Depuis 1881 on espère ça grandit le progrès est en marche enfin pas loin il est en train de nous rattraper – c’est notre ombre – on ferait mieux d’aller vers lui bras ouverts plutôt que de continuer à se plaindre ce qui nous fait perdre notre temps et ne sert à rien si ce n’est à. Depuis 1881 couteaux eka xylasur des chocolats Weiss. Depuis 1881, il y a de l’électricité dans l’air et du gaz aux étages. Depuis 1881 on traverse l’Europe pour chercher du travail et on parle du chômage et parfois de la main d’œuvre aussi. Depuis 1881 on se méfie de la musique trop moderne et de la peinture trop bigarrée – les lustres au plafond sont devenues des valeurs sûres. Depuis 1881, on est de plus en plus sérieux et on parle de la politique internationale et on pleure de moins en moins. Construisons et dépêchons-nous, les larmes s’évaporent mais l’acier chaud n’attend pas… Depuis 1881 on progresse et depuis 1887 on a découvert une nouvelle espèce de céphalopode appartenant au genre ommatostrephe avec un tentacule et un tubercule. Depuis 1881 à 1887 Bismarck fait passer des lois sociales et vide de la Pologne prussienne les deux-tiers des polonais originaires de la Russie et de l’Autriche-Hongrie. Depuis 1881 le progrès n’attend pas et on fait attendre la promesse. Depuis 1881 au moins.

TINA 8 GENDER SURPRISE

les questions de genre, y compris dans la langue (le terme muse, le texte de Louise Debrusse mettant entre parenthèse le e final de ces noms et prénoms, Vannessa Place, à la suite de SCUM Manifesto « le mâle est un accident biologique », l’utopie comme sortie du genre (Elisabeth Lebovici), le revue monstre qui épuise le genre (www.revuemonstre.com), la revue OXO de Pascal Le Coq (http://revueoxo.blogspot.fr/) et bien sûr Judy Bamber, Monique Wittig, www.eminism.org comme travail de renversement et de confusion volontaires

l’argent n’existe pas encore

le secret au carré

la racine carrée de la liberté

 

un jour l’argent n’existera plus

un jour on échangera des produits

contre des désirs

des envies contre des objets

un jour on se rencontrera il pensait

et ce jour là c’est aujourd’hui

 

Il y aura toujours quelqu’un pour sortir un billet

remplir un chèque

faire péter la carte

il y aura toujours quelqu’un pour laisser un pourboire

pour payer un coup

s’acquitter d’une facture

il y aura toujours quelqu’un pour ça

parce que payer, il se dit

parce que l’argent n’existe pas

parce qu’il n’avait plus un rond

et qu’il allait falloir continuer autrement

 

l’argent n’existe pas

tu achètes les navets au rabais

l’argent n’existe pas

les langoustes en vrac

l’argent n’existe pas

tu prends la caméra à prix choc

l’argent n’existe pas

le p-cul à double épaisseur en solde

l’argent n’existe pas

le porno en pack

l’argent n’existe pas

le pantalon 1er prix

l’argent n’existe pas

tu fais le plein de sans plomb

tu tapes un code sur un clavier

l’argent n’existe pas

tu encaisses un chèque sans signature

l’argent n’existe pas

tu signes des prêts à intérêt

l’argent n’existe pas

tu dis merde à l’huissier

l’argent n’existe pas

on te fout dehors

l’argent n’existe pas

il agit

l’argent est une fiction

 

dans la rue

Fleurs vinaigre

pâte molle de la peau

six rots sinon rien

érable collé de plumes

brindilles vertes / mortes

feux rouges/bleus

des coups de derrière

mon dieu c’est plein d’étoiles

vertes

salez-sucrez

ça n’est pas comme un train mais ça se met aussi à la queue leu-leu,

des tasses chapardées

 

– ici une une échauffourée blanche dans une rue sombre

l’argent n’existe toujours pas

comment ça passe du tube cathodique

au cerveau catholique

du cerveau ratiocinant au tube digestif

jusqu’à l’anus

comment ça remonte le tube

étage après étage

palier par palier

comment ça frétille sous la langue effervescente

ça sort d’un coup

par réflexe uniquement par réflexe

ça répond aux autres à table

ça coupe l’autre en force avec le ton la pause et tout et tout

par réflexe uniquement par réflexe

 

ça compte dans le crâne

l’argent qui n’existe pas

l’argent qui agit

ce spectre spectaculaire

agitant

l’oculaire intérieur

 

…l’argent n’est pas masculin

n’est pas féminin

il est le général

celui qui tient par le crédo

malgré les tempêtes

les tropiques

les trous

les trouvailles alternatives

les courants alternés

les allitérations des tropes

les altérations des troupes

celui qui creuse en faisant pourrir l’extérieur avant l’intérieur

celui qui met à l’épreuve ce qu’il y a autour

pour éviter le tour de face-face

 

.ce qui s’échange dans le commerce des genres

PAS une photo d’identité réglementaire

35 mm de large sur 45 mm de haut. Taille du visage de 32 à 36 mm, du bas du menton au sommet du crâne (hors chevelure). Photo correctement contrastée, sans ombre. Fond uni, de couleur claire (bleu clair, gris clair). Le blanc, interdit. La tête nue, les couvre-chefs interdits. Fixer l’objectif. Expression neutre bouche fermée. Visage dégagé. Yeux ouverts. Les montures épaisses interdites. Verres teintés interdits.

PAS une projection – une éclaboussure jetée sur le devant de l’autre

on dresse un écran sans crier

on envoie le film sans crisser je te soumets ou tu m’as sauvé

SAUVETAGE D’UNE SOUMISE ou SOUMMISSON D’UNE SAUVEE

avec des bouches des bugs

des bourgeons en volutes

des volontés bourgeoises

des baisers voluptueux

des vérités bancales

 

la répétition signe toujours une fois de plus la pétition

par principe elle contient un avenir

par posture elle promet la mort

fixe ou portable

quand on est déjà dé-porté

pourquoi ne pas habiter le camion de déménagement ?

on nous interdit d’élire domicile

dans les eaux internationales

on nous code un code postal

et une administration nationale

avancer sans cligner des cils

pour éprouver ce qui se passe

avec ses périphéries

on en rit mais on tient rarement longtemps

 

…l’équation de Picabia

l’art + les gens = les gens

l’équation de Pique-assiette

leurre + beurre = argent du beurre

l’équation du Directeur

l’argent facile, l’argent pour les nuls

 

l’argent n’existe pas

ça manque, ça tient plus dans la poche

ça n’existe pas l’argent de poche

// l’eau dans la cage

// la sauce dans la passoire

 

ce qui existe c’est la poche de l’argent, son ourlet

il y a l’argent poché

comme on dit un œuf poché

ça bulle tant qu’on croit qu’on va pouvoir bouffer

ça n’a que de l’air dedans

qui fait du coup de vent sous la dent

juste une membrane qui n’empêche pas qu’on sente

le dent contre dent

ça protège pas de l’hiver ou de la pluie

ni les grelots ni le grêlons

juste un membre-âne

on vit avec des membranes foisonnantes

de pauv’types

sur le dos en espérant une grosse doudoune

// un épais cuir

va te faire cuire un œuf, endure, ordure !

 

Tu tiens. Parce qu’il faut.

Parce que pas le choix tu crois.

Parce que pire ailleurs.

Parce que c’est comme ça – ils se répètent à la longue – bordel

Parce que les proverbes ont la peau dure, les cuirs tanés

la force des clichés imprimés développés dans la chambre obscure du cortex

annone sans honte ni remord

centre bourse

ça a commencé par un trait

sur une table

à l’ongle

un bâton

deux bâtons

trois bâtons

compter – raconter

fictionner – tricoter

conter trois fois : triconter

une fois pour essayer

une fois pour inscrire

une fois pour sédimenter

 

et juste après les chiffres

 

 

…l’argent qui n’existe pas

qui agit

qui ouvrre

ce spectre spectaculaire écarquillant l’oculaire

 

square redskins shopping attitude les bras de la patineuse

pris dans la coulée humaine se déversant, s’écoulant : tu avances

chrom bloc 22 uomo

 

// cette angoisse qui tord la vie, lie les trompes

acturer

 

on nous propose des protocoles rassurants labellisés ©

il n’y a qu’un corps à assurer déjà ®

on nous demande de garder la pose démembrée

le temps de cadrer des propositions collantes

une berté-lité-nité offerte sur le fronton des écoles sans chair qui s’offre sur un plat

restent que les eaux

à déglutir

empifrer ? – empellir à la hache

 

acter l’écriture

l’acturer

dans la palpitation du corps

un démembrement d’avant les membres

l’âge de l’agir

ce qui meut l’agritude / = un retour au sol / =des angles noirs-blancs

l’agriculture incestueuse → l’agrume sans zeste

l’ager / la guerre

les champs une bataille

une défaite six cicatrice

une douce raclure une aigreur double

un naguère = des ensembles vides

un champs alpha et Ω du labeur

une lajalousie sans jouissance

u

l’agent n’existe pas

le genre n’existe pas

le corps existe

 

une joue-oie

joie

 

 

 

action

ça commence par une action

au milieu des gaz, quand tout est perdu

L’acte

le faire pense

faisons que faire se fasse

à force de faire, on défait

quand on est défait, on sait ce qu’il reste à faire

la faisabilité de la chose n’a pas de réponse – elle a une force qui embarque net

la réponse mentale réduit le faire à l’affaire, et l’affaire à la chose à faire

la chose est une erreur

elle est zoze

l’action défie les impasses, ne se fie pas aux tours de passe-passe, l’action, cette manière de condenser la force, un dénervement

 

l’action se fout des nombres

elle ne fait pas la somme – elle la saute

un bloc débloque

nous retenons en nos corps les irrigations des ancêtres

les fissures du barrage cellophané

 

 

avant les rizières inondées à venir

pendant la faillite généralisée des $

après la généreuse faille

 

 

 

 

SANS AVANT NI PENDANT NI APRES

le bug nous propose une pause narrative

 

in memoriam F.Scott Fitzgerald

voici venu le temps du règne général des fêlures

 

architecte terroriste

penser la fissure avant la structure

l’obus avant le mur

 

 

 

 

l’écriture, bordel

cette manière de

je bloque débloque

hétérogue alcocéphale olniubilé

par les puissances en akt

 

l’action n’est pas la somme

l’action ne compte pas elle décompte

elle met le compte hors bilan hors colonne

elle ne compte pas

la taux obligataire du marché secondaire

la durée hebdomadaire de soleil à La Réunion

la somme des gains de l’euromillion

les chômeurs de longue durée

la dégradation de la note de la Grèce

comptabilisant les chèques en dépôt

les actions OPCVM

les expulsions d’Air France

le nombre de lois liberticides

la somme impossible à réunir

le dégueulant « on dit »

le boeuf m’habite

 

 

nous sommes tous morts nous nous accrochons
à notre sang de cochonnous sommes mortadellement momifiés
monstrueux à la petite semaine de bouchers chimériques certaines nuits la nuit éructant invisibles                                                         au jour levé bouche fermée

 

A Castelnaudary the World Capital of « le vrai cassoulet » on m’a fait l’éloge du cochon.

A Castelnaudary, tout a l’air si simple, le blé est en herbe, on est bien dans l’herbe, à déjeuner, sur le sol, les herbes poussent, c’est presque la nature à l’intérieur des palissades du chantier, c’est une vraie friche; on mange les mots, les photos sont trop lourdes pour en parler. Il y a le grain de la terre, les herbes sauvages qui poussent. Le chantier en jachère les herbes poussent les petits hôtels minables disparaissent les friches apparaissent les grues tardent le chantier est en retard, le retard réclame le chantier, chantier= retard, il se fait tard, on aime le chantier en retard, on tarde à terminer le chantier, le chantier n’est pas terminable, on déjeune dans l’herbe avec du saucisson et des baguettes, on frise le délire, c’est mieux qu’un hôtel. On a envie de se marier, ça commence à faire tard pour mettre la bague au doigt et faire la belle photo des noces. Va falloir reprendre le travail, on saucissonne le travail. On se demande s’il en manque pas un bout.

A Castelnaudary, j’ai décidé de résister et de défendre le boeuf contre le cochon.

Je préfère le boeuf au cochon. Le saucisson est très salé salé. Le boeuf salé est meilleur encore. Le cochon est très sale, le boeuf est très salé. La vache est propre, blanche, immaculée. Le veau est délicat et frêle. Le cochon se complait dans sa crasse. Dans le cochon on mange tout, les tripes, le nez, la queue en tire-bouchon et même les yeux. Les oreilles se mastiquent, le nez est déjà prédécoupé: il n’a pas d’arrête ni de pointe, contrairement au poisson. Le boeuf est tendre, il se mange par tranches ou par blocs. Le steak haché est d’abord coupé puis haché.

Tranche, rond de tranche, entrecôte, cote. Hampe, onglet, bavette d’aloyau. Filet, faux-filet, rumsteck, aiguillette, gîte, jumeau, plat de côtes, tendron, rond de gîte, paleron, macreuse, sacrée poitrine !

Le boeuf m’habite et m’abrite dans son gîte tendre où il m’offre poitrine généreuse et jumelage amical. Nous sommes des frères avec le boeuf. Nous détestons le saucisson et ses affres impures. Nous aimons le rouge. Je me demande si je ne prendrais pas un petit morceau de chorizo ?