le boeuf m’habite

 

 

nous sommes tous morts nous nous accrochons
à notre sang de cochonnous sommes mortadellement momifiés
monstrueux à la petite semaine de bouchers chimériques certaines nuits la nuit éructant invisibles                                                         au jour levé bouche fermée

 

A Castelnaudary the World Capital of « le vrai cassoulet » on m’a fait l’éloge du cochon.

A Castelnaudary, tout a l’air si simple, le blé est en herbe, on est bien dans l’herbe, à déjeuner, sur le sol, les herbes poussent, c’est presque la nature à l’intérieur des palissades du chantier, c’est une vraie friche; on mange les mots, les photos sont trop lourdes pour en parler. Il y a le grain de la terre, les herbes sauvages qui poussent. Le chantier en jachère les herbes poussent les petits hôtels minables disparaissent les friches apparaissent les grues tardent le chantier est en retard, le retard réclame le chantier, chantier= retard, il se fait tard, on aime le chantier en retard, on tarde à terminer le chantier, le chantier n’est pas terminable, on déjeune dans l’herbe avec du saucisson et des baguettes, on frise le délire, c’est mieux qu’un hôtel. On a envie de se marier, ça commence à faire tard pour mettre la bague au doigt et faire la belle photo des noces. Va falloir reprendre le travail, on saucissonne le travail. On se demande s’il en manque pas un bout.

A Castelnaudary, j’ai décidé de résister et de défendre le boeuf contre le cochon.

Je préfère le boeuf au cochon. Le saucisson est très salé salé. Le boeuf salé est meilleur encore. Le cochon est très sale, le boeuf est très salé. La vache est propre, blanche, immaculée. Le veau est délicat et frêle. Le cochon se complait dans sa crasse. Dans le cochon on mange tout, les tripes, le nez, la queue en tire-bouchon et même les yeux. Les oreilles se mastiquent, le nez est déjà prédécoupé: il n’a pas d’arrête ni de pointe, contrairement au poisson. Le boeuf est tendre, il se mange par tranches ou par blocs. Le steak haché est d’abord coupé puis haché.

Tranche, rond de tranche, entrecôte, cote. Hampe, onglet, bavette d’aloyau. Filet, faux-filet, rumsteck, aiguillette, gîte, jumeau, plat de côtes, tendron, rond de gîte, paleron, macreuse, sacrée poitrine !

Le boeuf m’habite et m’abrite dans son gîte tendre où il m’offre poitrine généreuse et jumelage amical. Nous sommes des frères avec le boeuf. Nous détestons le saucisson et ses affres impures. Nous aimons le rouge. Je me demande si je ne prendrais pas un petit morceau de chorizo ?

 

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