Souvenir d’un jour en prison

Jour 1

Mal dormi. La mine des gens dans le bus comme des enfants défaits. A l’arrivée, le drapeau français punitif et les péchés capitaux sculptés par Gaston Castel. La prison extérieure est là : les valeurs morales.

12 portes sinon rien

digiphone porte carte badge porte

porte sas dadenas détecteur porte

porte badge porte

porte sas porte

bâtiment A porte sas porte

bâtiment B porte sas porte

porte clé porte ouverte porte ouverte porte fermée et

une salle

Quartier des condamnés à mort. Le dernier fut Ranucci.

Autour les bruits de porte les cris surveillant, au secours, parloir !

Ça se répétera chaque semaine.

Un mémoire du Robinson des prisons m’apprend comment faire un briquet électronique avec un coton tige, comment soigner le mal de gorge avec une gousse d’ail, la constipation avec de l’huile d’olive.

Je suis présenté comme un détenu: la tension palpable, les preuves à fournir de virilité (le bonjour comme enjeu et défi); autour: celui qui parle beaucoup, celui qui a les sourire en coin, celui qui se révolte (j’ai l’impression que vous prenez les autres pour des inférieurs car pas de revue corse), celui qui le soutient tout en paraissant obéir à la directrice (double jeu).

Ce qui sidère, c’est cet effet, cet état défait des corps; derrière les visages, la question de la violence et du passage à l’acte.

Au cabinet des curiosités, je découvre les vieilles portes de Toulon, un faux flingue en métal, un lance-pierre avec lanière élastique, un appareil de tatouage, une pipe, une matraque.

Dehors le camion attend avec dedans, les cages à lapin

J’apprends la langue interne du pouvoir : je suis dans la base de données Antigone.

 

à venir, à partir du 15 juin: l’armée noire débarque à Dunkerque

Port Épique #2

15 juin 2012

à Fructôse, 4.4., bout du Môle 1

Programme:

19:00 ouverture billetterie

19:30 embarquement à bord du Texel au bout du Môle 1

20:00 départ croisière

Sur le bateau: Lectures et interventions de l’armée noire et concert de R. Stevie Moore

22:00 retour sur le Môle et vernissage de l’installation « Paon’ de François Lewyllie

Suivi de performances de l’armée noire

23:00 concert final d’Orchestra of Spheres

Attention les réservations pour l’événement ne se feront qu’une fois le règlement reçu*. Merci de contacter thomas à thomas@fructosefructose.fr ou au 03-28-64-53-89

PAON

François Lewyllie est invité alors il propose PAON, une installation inédite et néanmoins compliquée dans laquelle il prône le retour des dragons comme solution face à la fortune du prince. Point de lyrisme en ce moment là, comme une bête en cage, François bombe le torse pour faire bonne figure, c’est tout ce qu’il lui reste.

Parce qu’il n’aime pas être seul, il appelle du renfort. Il va se réfugier derrière l’armée noire, une bande de poètes, de performeurs plongés dans l’existence et sa mauvaise odeur jusqu’au cou.

Ensemble ils animeront PAON de performances poétiques et de présences assurées pour glisser du rituel vers la dérision et la déroute.

Nous tous, touristes et curistes en quête de sens et de fête, accosterons en musique pour assister à ce très étrange machin nocturne.

L’Armée noire est un groupe d’artistes protéiformes organisant des performances, des interventions surprises, des lectures, etc., avec (notamment, et dans l’Ordre alphabétique) Édith Azam, Antoine Boute, Armelle Caron, Quentin Faucompré, Charles Pennequin, Cécile Richard…

L’Armée noire est aussi une revue à la périodicité inconnue et dont, jusqu’à présent, un seul numéro a paru.

« Armée noire est une expression du Nord de la France et plus particulièrement du Cambrésis, désignant un groupe d’individus louches, des familles de chapardeurs, des gens pas lavés, des reclus de la société, des pauvres gens qu’on rejette de plus en plus hors de France et d’Europe. La poésie de l’armée noire parle à ceux-là, mais aussi aux animaux, aux plantes, aux mauvais élèves, aux ignorants… Elle cause au type de base en général, car tout ce qui se croit au dessus de lui est son ennemi. »

L’Armée Noire est l’invitée de François Lewyllie, pour la préparation de la seconde édition de la revue qui porte son nom : L’Armée noire.

 

R. Steevie Moore // pop/lo-fi

R. Stevie Moore est une légende du Lo-fi! Ce musicien américain a été dessiné par David Shrigley et revendiqué comme père spirituel par Ariel Pink. Nous aurons le plaisir d’accueillir cet artiste hyperactif (il a sorti à lui seul 400 albums depuis 1968!) sur le bateau et dans un décor industriel ! Alors ressortez vos chemises à carreaux, ça va sentir les années 90 !

R.Stevie Moore

Orchestra of Spheres// electro/pop-psychedelic

Après avoir été invités par Caribou au célèbre festival ATP à Minehead en Angleterre, les Néo-zélandais au look cosmico-disco viendront nous faire danser en fin de soirée ! Leur univers mêle à la fois instruments bricolés et musique expérimentale entraînante qui invite à la fête ! Ça tombe bien, nous aussi on aime bien !

Orchestra Of Sheres

Des ateliers expérimentaux dans les ateliers d’écriture

Expérimental est à entendre en plusieurs sens : comme innovation, comme dispositif. Il se rapproche du sens scientifique dans le sens où le résultat n’est pas prévisible d’avance et qu’il contient donc une dimension de recherche. Il se rapproche du sens video ou cinématographique dans le sens où il n’est pas seulement narratif ou didactique : parfois, il déborde ou il se pose. Il est aussi une expérience du contemporain dans la mesure où il donne à entendre les voix de nos contemporains qui travaillent sur les mêmes sujets pour converger et/ou diverger.

En cela, l’animateur est un passeur.

BOURLE

 

Et qu’est-ce que je fous ici dans la bourle à bourler parmi les bourleurs pleins sans savoir ce que je bourle c’est fou de rien savoir à ce point sur la densité la consistance de la bourle ce qu’il y a dans la bourle s’il y a des boîtes de conserve périmées des calendos frais ou du cobalt pur / je bourle tu bourles dans ces bourles immenses qui se forment en bandant des arcs de désir se développent croissent oblongues puis rondes puis s’allongent et s’effilochent parfois postillonnent du crachin mou et rêche / je mâche mon chewing-gum menthol haleine fraîche retour assuré tu déballes ta bourle hors de la mâchoire les incisives élimées et tu t’emballes ton cadeau à l ‘intérieur avec le bonheur d’éclater un paquet gonflé d’air / dans la bouche tout d’un coup il devient petit et dur comme une toute minuscule fiente – y a que la bourle qui sait ce que je fous à ce moment ++ précis mais elle s’en fout entièrement la bourle devenant boule elle arrête pas de gonfler dans sa bande dessinée pour illettrés et son mirage de possessions lascives elle continue de grossir presqu’ovale une peau de pêche tendue une outre pleine jusqu’aux os à marée haute comme si enceinte gorgée elle enfle raide jusqu’à ce qu’

UNE FOIS ça pète ça sorte ça explose et fasse tomber les murailles d’un coup les forteresses d’une rafle de vent les murs d’une frappe d’une énorme boule d’acier / on attend tous que ça pète les mains croisées sur la poitrine ou parfois les poings sur les hanches pour changer elle a perdu les eaux c’est pour bientôt y a du sang sur les murs c’est le moment de se frotter les mains et de passer à la caisse cash-cash express disent les experts on attend / leur proverbe dit quand il y a du sang sur les murs il est temps d’acheter des actions, quand il y a accalmie c’est bon pour les obligations, agir ou s’obliger telle est la question la volute de fumée tout autour et le souvenir du champignon de poussière qui monte vertical après l’impact et les cendres en pluie sur nos cheveux laqués et nos loques chéries tout autour les autres bourlent et « oh la belle bourle » et « c’est quand le bouquet final ? » et « pas encore pas avant l’automne prochain » et « on peut pas savoir » faut attendre le chiffre d’affaires en Power Point -R et la météo en 3D, et la dérive de l’anticyclone et le bilan semestriel et le mouvement de l’anticyclone, le retour sur investissement et le coup de sang des Açores / c’est vrai qu’on l’attend vachement la langue pendue le camembert sur la diapo peau vert-point avec plein de couleurs et de tranches et la grosse part bleue des bénefs qui brille on coupera pas la pointe c’est mauvais pour la conservation ça perd du goût et « on s’en fout c’est toujours les mêmes qui s’en mettent plein les poches » ça c’est bon pour la conversation et « y a une poche d’air qui pourrait compliquer l’affaire et baisser les bénefs » ça c’est pour la consumation jusqu’ici tout va bien la bourle est belle et boule de plus en plus boule de plus en plus belle avec ses hanches arrondies bonnes pour la consommation elle donne envie de foncer bille en tête frapper fort en plein dans le mille avec plein de zéro bingo banco qui font « splasch » et « krach » voici le moment de planquer plein de zéros à la fois/ voici le temps idéal pour faire ses conserves pour l’hiver et acheter des chewing-gums pour l’été

UNE FOIS tu comprends pas ça pète la nuit / j’ai rien vu je dormais je rêvais d’échanger quatre billes de verre contre un paquet de chewing-gum fraise pamplemousse mais l’autre copain avait qu’un calot plus très rond un jour donc la bourle sort de la bande même plus dans la marge elle a foutu le camp dehors elle a pris le maquis la lande obscure sans trace sur les pistes les zéros sont partis en file indienne à la queue leu-leu chez les abonnés des bourles décidées à bulletin secret i reste plus que des épaves par terre les bandes ont tout pris les zéros par boulettes de douze i reste que des débris je vous dis

en me promenant derrière le camping j’ai trouvé un zéro sur la plage tout rouillé et tout fêlé un morceau de zéro avec des coquillages incrustés je l’ai mis dans ma poche puis j’ai fait quelques pas sur les galets je l’ai jeté tu t’en fous je préfère continuer à bourler jusqu’ici tout va bien on pense encore à la bourle sans penser qu’elle est bourrelée on réfléchit trop tard aux pansements quand les gaz ont fait déserter la rue et que tous ont foutu le camp c’est fou quand on y songe ce qu’on peut bourler sans s’en rendre compte.

Manuel Joseph – La Sécurité des personnes et des biens – drame social – (éditions POL)

Il y aurait beaucoup à écrire sur ce texte, notamment sur le mélange entre l’esprit d’ordre et une certaine désinvolture qui se mêlent dans l’esprit du personnage. Entre nettoyer des prises de courant au coton tige, voire au cure-dent, l’obsession de straces sur le mur, et un certain délabrement du corps.

La lecture hier, presque intégrale, était très habitée.

 

Novarina, La quatrième personne du singulier (éditions POL)

Novarina, La quatrième personne du singulier (éditions POL)

Ce qui se poursuit : le travail sur l’inventaire des noms, « la langue à un », une langue propre à chacun, dans son vocabulaire, sa syntaxe, son rythme, sa respiration

ce qui change : la lettre au E muet, à Tibor Mészáros (l’opérette imaginaire, 2009)

Des formules définitives ?

Le langage travaille à l’impératif

Travaille tout dans l’envers retourné

le théâtre : désadhérer, lieu de la défaite humaine, ouverture à la quatrième personne du singulier : personne

le réel comme brûlement spirituel de la chose

Le langage s’est retiré de la page.

 

De cette dernière phrase il y a beaucoup à faire…