Univers Beckett – Cap au pire

Citation

Encore. Dire encore. Soit dit encore. Tant mal que pis encore. Jusqu’à plus mèche encore. Soit dit plus mèche encore.

Dire pour soit dit. Mal dit. Dire désormais pour soit mal dit.

Dire un corps. Où nul. Nul esprit. Ça au moins. Un lieu. Où nul. Pour le corps. Où être. Où bouger. D’où sortir. Où retourner. Non. Nulle sortie. Nul retour. Rien que là. Rester là. Là encore. Sans bouger.

Tout jadis. Jamais rien d’autre. D’essayé. De raté. N’importe. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux.

D’abord le corps. Non. D’abord le lieu. Non. D’abord les deux. Tantôt l’un ou l’autre. Tantôt l’autre ou l’un. Dégoûté de l’un essayer l’autre. Dégoûté de l’autre retour au dégoût de l’un. Encore et encore. Tant mal que pis encore. Jusqu’au dégoût des deux. Vomir et partir. Là où ni l’un ni l’autre. Jusqu’au dégoût de là. Vomir et revenir. Le corps encore. Où nul. Le lieu encore. Où nul. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux encore. Ou mieux plus mal. Rater plus mal encore. Jusqu’à être dégoûté pour de bon. Vomir pour de bon. Partir pour de bon. Là où ni l’un ni l’autre pour de bon. Une bonne fois pour toutes pour de bon.

Assez. Soudain assez. Soudain tout loin. Nul mouvement et soudain tout loin. Tout moindre. Trois épingles. Un trou d’épingle. Dans l’ obscurissime pénombre. A des vastitudes de distance. Aux limites du vide illimité. D’où pas plus loin. Mieux plus mal pas plus loin. Plus mèche moins. Plus mèche pire. Plus mèche néant. Plus mèche encore.

Soit dit plus mèche encore.

la question du dehors

le devoir

je dis bien

LE DEVOIR

de l’écrivain, du poète

n’est pas d’aller s’enfermer lâchement dans un texte, un livre, une revue dont il ne sortira plus jamais

mais au contraire de sortir

dehors

pour secouer

pour attaquer

l’esprit public,

sinon à quoi sert-il?

Et pourquoi est-il né?

 

(Antonin Artaud, lettre à René Guilly, 7 février 1948)

 

Lecture aux grands terrains, rue Vian à Marseille, le 30 juin 2012

lLe projet « tentaculeux et tuberculaires » est un amas de textes récoltés de 2004 à 2012. Retravaillés entièrement et unifiés, ils témoignent d’un certain état de montée des puissances d’enfermements ainsi que des tentatives de fuite tous azimuts.
A la fois textes scandés et répétitifs pour énerver comme l’essoreuse d’une machine à laver et tentative d’écrire ce qu’il faut bien appeler une histoire, celle d’un enfermement multiforme et de l’échec des substances miracles pour y remédier.
Il est donc conçu pour être lu intégralement pour éprouver la rencontre des nouvelles tentacules (la télé, l’argent, les marchandises…) et des tubercules qui poussent,énervent, témoignent de dislocation.
La plupart des textes ont été lus à haute voix lors de différentes manifestations. Ils seront réagencés dans un autre ordre avec un autre plan de renversement en brouillant les différences tentacules/tubercules en rapport avec le travail de Jérémie Setton. C’est comme dans une boîte mais à l’extérieur : les pans ouverts aux quatre vents. On peut s’y croire enfermé, on y est renversé. Quand l’oeil se révulse qu’est-ce qu’il reste? Regardez devant : ça tire derrière.
Le titre même Tentaculeux et tuberculaires est un brouillage volontaire et « erroriste » de la qualité des adjectifs en travaillant à une complication du rapport actif/passif qui leur est assigné.

aux grands terrains http://www.grandsterrains.fr/GT_jeremie.html