retour à une société

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Se faire de nouvelles promesses.

 

Une société, une cité, une civilisation qui renonce à sa part d’imprévu, à sa marge, à ses atermoiements, à ses hésitations, à sa désinvolture, qui ne renonce jamais, ne serait-ce qu’un instant, à produire sans réfléchir, une société qui ne sourit plus, ne serait-ce qu’à peine, malgré le malheur et le désarroi, de ses propres inquiétudes et de ses solitudes, cette société-là est une société qui se contente d’elle-même, qui se livre toute entière à la contemplation morbide et orgueilleuse de sa propre image, à la contemplation immobile de sa mensongère propre image.

 

(Lagarce, Du luxe et de l’impuissance)

Le funambule, Jean Genet

 

Lu dans les airs

l’amour pour le fil et non le sol

le travail de dépaysement entre la misère et la lumière

le risque vital, la solitude absolue

Ce n’était pas une putain que nous venions voir au Cirque, mais un amant solitaire à la poursuite de son image qui se sauve et s’évanouit sur un fil de fer.

travailler à devenir célèbre pour faire mal :

le public est la bête que finalement tu viens poignarder

 

Tzara – L’homme approximatif

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serrons entre les mâchoires les minutes qui nous séparent

je me vide devant vous poche retournée

 

chrysalide d’hirondelle

 

sur le seuil du rêve sous chaque feuille il y a un pendu

de tes rêves aux miens la parole est brève

 

silence boréal silence à l’oeil ouvert comme une bouche

et des dents de neige à la place des cils

 

même sous l’écorce des bouleaux la vie se perd en hypothèses sanglantes

 

ô puissances que je n’ai entrevues qu’à de rares éclaircies

 

Gombrowicz – Ferdydurke

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Ce mardi-là, je m’éveillai au moment sans âme et sans grâce où la nuit s’achève tandis que l’aube n’ pas encore pu naître.

…un élément de structure, un tournant, un passage spécial ou, pour parler avec plus d’exactitude, une « coda », c’est une trille, ou plutôt un repli, un boyau, un boyau dans lequel je ne pourrais jamais passer au mollet gauche

…l’être humain ne s’exprime pas d’une façon directe et conforme à sa nature, il passe toujours à travers une forme définie.

… un Sage constamment abêti, un Subtil sans cesse brutalisé et un Adulte en perpétuel rajeunissement.

Notre élément, c’est l’éternelle immaturité.

… nous dirons avec humilité: « Quelque chose en moi a parlé, agi, pensé.

Apparaître mais sous quel prétexte? Comment m’expliquer?

Le poème/ Ma traduction Mollets, mollets, mollets, mollets

…des formules, des grimaces, des mines et des gueules : oui, voilà la source, l’origine, le point de départ et c’est de là que découlent harmonieusement toutes les autres souffrances, folies et afflictions.

– Zielinski, Zielinski! Dites à Nowak de réparer cerre gouttière!

Et maintenant, gueules, venez! Non, je ne vous quitte pas, visages inconnus et étrangers des étrangers inconnus qui vont me lire, je vous attends au contraire, je vous salue, parties du corps rassemblées en agréables guirlandes, c’est seulement maintenant que tout commence: arrivez, venez à moi, commencez votre malaxage, fabriquez moi une gueule nouvelle pour que je doive à nouveau vous fuir en d’autres hommes et courir, courir dans toute l’humanité. Car il n’y a d’autre refuge contre la gueule que dans une autre gueule, et l’on ne peut se protéger de l’homme que par l’entremise d’un autre homme. Mais contre le cucul, il n’y a pas de refuge. Courez après moi si vous voulez. Je m’enfuis la gueule entre les mains.

 

Blanchot – L’espace littéraire

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la solitude… recueillement

le Journal, un Mémorial.

Écrire , c’est entrer dans l’affirmation de la solitude où menace la fascination.

Écrire commence avec le regard d’Orphée, et ce regard est le mouvement du désir qui brise le destin et le souci du chant et, dans cette décision inspirée et insouciante, atteint l’origine, consacre le chant.

Pour écrire, il faut déjà écrire.

Blanchot – Le livre à venir

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le chant des Sirènes: un chant inhumain… plus étrange était l’enchantement… Par un désespoir très proche du ravissement.

Le récit commence où le roman ne va pas.

Tout récit, ne fût-ce que par discrétion, cherche à se dissimuler dans l’épaisseur romanesque.

…le temps même du récit, le temps qui n’est pas hors du temps, mais qui s’éprouve comme dehors, sous la forme d’en espace, cet espace imaginaire où l’art trouve ses ressources.

La littérature n’est pas une simple tromperie, elle est le dangereux pouvoir d’aller vers ce qui est, par l’infinie multiplicité de l’imaginaire.

La littérature va vers elle-même, vers son essence qui est la disparition.

Beckett – Bing

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Tout su tout blanc corps nu blanc un mètre jambes collées comme cousues. Lumière chaleur sol blanc un mètre carré jamais vu. Murs blancs un mètre sur deux plafond blanc un mètre carré jamais vu. Corps nu blanc fixe seuls les yeux à peine. Traces fouillis gris pâle presque blanc sur blanc. Mains pendues ouvertes creux face pieds blancs talons joints angle droit. Lumière chaleur faces blanches rayonnantes. Corps nu blanc fixe hop fixe ailleurs. Traces fouillis signes sans sens gris pâle presque blanc. Corps nu blanc fixe invisible blanc sur blanc. Seuls les yeux à peine bleu pâle presque blanc. Tête boule bien haute yeux bleu pâle presque blanc fixe face silence dedans. Brefs murmures à peine presque jamais tous sus. Traces fouillis signes sans sens gris pâle presque blanc sur blanc. Jambes collées comme cousues talons joints angle droit. Traces seules inachevées données noires gris pâle presque blanc sur blanc.

Sans

Beckett – L’expulsé

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Le perron n’était pas haut. J’en avais compté les marches mille fois, aussi bien en montant qu’en descendant, mais le chiffre ne m’est plus présent, à la mémoire. Je n’ai jamais su s’il fallait dire un le pied sur le trottoir, deux le pied suivant sur la même marche, et ainsi de suite, ou si le trottoir ne devait pas compter. Arrivé en haut des marches je butais sur le même dilemme. Dans l’autre sens, je veux dire de haut en bas, c’était pareil, le mot n’est pas trop fort. Je ne savais par où commencer ni par où finir, disons les choses comme elles sont. J’arrivais donc à trois chiffres totalement différents, sans jamais savoir lequel était le bon. Et quand je dis que le chiffre ne m’est plus présent, à la mémoire, je veux dire qu’aucun des trois chiffres ne m’est plus présent, à la mémoire. Il est vrai qu’en retrouvant, dans ma mémoire, où il se trouve certainement, un seul de ces chiffres, je ne retrouverais que lui, sans pouvoir en déduire les deux autres. Et même si j’en récupérais deux, je ne saurais pas le troisième. Non, il faudrait les retrouver tous les trois, dans ma mémoire, pour pouvoir les connaître, tous les trois.  C’est tuant, les souvenirs. Alors il ne faut pas penser à certaines choses, à celles qui vous tiennent à cœur, ou plutôt il faut y penser, car à ne pas y penser on risque de les retrouver, dans sa mémoire, petit à petit. C’est-à-dire qu’il faut y penser pendant un moment, un bon moment, tous les jours et plusieurs fois par jour, jusqu’à ce que la boue les recouvre, d’une couche infranchissable. C’est un ordre